L’Arrachée belle de Lou Darsan

Dans un monde où l’absurde prend le pas sur la vie, on tient bon jusqu’au jour où. En ouvrant L’Arrachée belle, premier roman de Lou Darsan (Babel Actes Sud, publié initialement à la Contre-allée), je pensais mettre les yeux en territoire connu. Une personne, jeune, réalise qu’elle fait fausse route dans une société étouffante qui la coupe du sel de l’existence. Cette même personne décide alors de tout plaquer pour partir à l’aventure et se reconnecter avec la nature. J’avais en tête les images du film Into the wild de Sean Penn ou les pages d’Encabannée de Gabrielle Filteau-Chiba, deux œuvres magistrales dans le genre.

S’il aborde un thème semblable, le roman de Lou Darsan est complètement différent dans son écriture et sa narration. Avec son style très particulier, l’autrice nous emmène avec elle sur les questionnements qui traverse son personnage principal, une femme qui a oublié son nom et qui cherche à le retrouver.

Prisonnière dans une routine qui correspond à l’image-type du bonheur, cette femme plonge doucement dans un état psychique vaporeux, dépression trouble. Après s’être jetée à la mer, son mari la ramène à la maison. S’en suit des jours sans nuit jusqu’au départ. La femme déserte la ville au volant de sa voiture, s’éloigne ailleurs. Elle traverse des paysages, des lieux, des émotions, abandonne sa voiture, poursuit sa route à pied, s’évapore dans les hautes herbes, disparaît sous la montagne dans une scène particulièrement forte :

« Elle s’arrache à l’eau glacée, elle grelotte, le bleu des lèvres comme celui des yeux. À quatre pattes sur le limon, et le corps hors de contrôle. Elle se lève et chancelle. Tombe. Se relève, s’appuie sur la paroi. Les dents qui s’entrechoquent, un nouveau rythme, un son auquel s’accrocher pour tenir debout. A grandes gifles, elle se frappe les bras, le sternum, le ventre, les fesses, les cuisses. Elle frappe le sol avec les pieds.

Elle foule le limon, elle rebondit, les paupières closes, elle écoute ses dents, son torse est une transe désordonnée, elle ne sait plus où sont ses jambes, elle se cogne, son bassin est un pendule. Elle est articulation & cœur & peau & sang. Elle est femme-qui-danse-sous-la-montagne. »

L’écriture est vive, organique. Sensorielle. Les émotions psychiques, les sensations corporelles sont au centre du récit de cette fuite à travers une étendue d’espace-temps qui n’est pas formellement identifiée. Les mots donnent voix à la moelle de cette fugitive, à ce qu’elle a de plus enfoui derrière le masque de son visage. Puissant.

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