J’ai toujours préféré la pluie

J’ai toujours préféré la pluie.
J’ai toujours préféré la pluie, notre matrice.
La pluie, ça s’infiltre partout, par tous les pores de la peau. La pluie ça provoque des électrochocs, ça revitalise l’intérieur desséché par le soleil.
L’eau s’infiltre partout. Dans les cheveux, les oreilles, les narines, sous les ongles, les paupières, la langue. Elle s’insère entre les dents, se répand dans la gorge, les poumons, l’estomac. Jusqu’au cœur du système nerveux, celui qui envoie les décharges électriques.
Ça grésille, jour nuit jour nuit jour ; ça fait comme un choc tout au fond, une petite chose s’agite, grandit, laisse traîner ses griffes sur les parois organiques. Ça fait mal, ça fait remonter des choses juste sous la surface.

Ça t’arrive d’avoir envie de crier, de vouloir faire sortir cette pas toujours petite chose tapie au fond de nous ?
Ça t’arrive de crier avec les loups la nuit
de t’embourber sur l’estran le jour et d’appeler la mer
de la désirer si fort
à t’en briser la mâchoire
à t’en déchirer les cordes vocales ?
Tu vois.
Alors hurle ton silence. Le silence ne parle pas à voix basse. Le silence déchire la tranquillité apparente de la surface d’une voix forte et le ciel vacille et les vitres se fissurent et pleuvent en milliers de petits morceaux sur le sol.
Murmurer c’est nier l’intensité de la vie. Ses crevasses. Ses dislocations. Ses contradictions.
Vivre c’est déchirer ses certitudes.

©Clément Bollenot, 2023, texte et photo.

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